Récits de Vocation

Jean-Louis Van Wymeersch, jésuite, a fait ses premiers voeux le 8 septembre 2012.
Il nous en parle en déployant le sens de s’engager ainsi et de recevoir l’engagement de la Compagnie.
Un beau témoignage à voir.

Amaury

Il est des vocations qui paraissent surgir d’une recherche personnelle, telle celle de Nathanaël ; il en est qui paraissent immédiates, comme celle de Mathieu ; il en est enfin où le Seigneur paraît appeler son serviteur « de derrière le troupeau », après un long chemin de résistance de l’appelé : ainsi Moïse, Jérémie, Jonas et l’auteur de ces lignes. L’appel à être prêtre, d’abord, religieux, ensuite, jésuite, enfin, retentit à l’âge de 17 ans, tel un coup de tonnerre humiliant qui venait troubler le ciel limpide de mes projets, annonçant un long orage. Converti à l’âge de 14 ans, je désirais certes suivre le Christ dont la présence m’habitait, mais en demeurant maître du gouvernail. Je poursuivis ma route, tentant d’y attirer le Seigneur et d’oublier l’appel, de le disqualifier comme autosuggestion, d’arguer de ma faiblesse : études et carrière en droit, appartement en bord de Meuse, vie mondaine. Neuf années de lutte avec Dieu, avec la ténacité obstinée de Jacob, jusqu’au petit matin où las de combattre et vivant une des époques les plus heureuses de ma vie, celle d’une solitude nourrie de riches amitiés, je rendais les armes et entrais au noviciat. Mais il ne suffit pas de sortir du corps de la baleine pour accueillir sans amertume l’appel à convertir Ninive. Seize années dans la Compagnie, et l’expérience récente du « troisième an », qu’Ignace appelle « l’école du cœur », furent nécessaires pour recevoir, dans la douceur de Dieu, l’appel à être serviteur de sa mission.

Antonio

Trois ans avant mon entrée au noviciat jésuite en 1998, j’étais un athée convaincu et je menais une vie épanouie, heureux de mon travail de compositeur de musique et comblé de l’amitié de plusieurs personnes chères. Mais un jour, ayant reçu la nouvelle de l’entrée au monastère d’un membre de ma famille, lui aussi à l’origine non-croyant, je me suis demandé qu’est-ce qu’il s’était passé dans le coeur de cette personne pour qu’elle en arrive à tout lâcher pour Dieu. S’agissait-il de suggestion, illusion, fanatisme ou d’une rencontre authentique de quelqu’un qui peut donner un « plus » que personne d’autre et rien d’autre peut accorder ? La réponse m’est venue en écoutant au fond des églises, pendant deux ans, l’Evangile lors des Messes dominicales. Je m’apercevais que cette parole m’accompagnait tout au long de la semaine et devenait « ma » parole, plus intérieure à moi-même que ma propre parole. J’ai ainsi découvert qu’au plus profond de mes aspirations et de mes désirs il y avait Jésus Christ et dans la nuit de Pâques 1997 j’ai repris à communier. Puis, à Noël, je me sentais prêt de m’approcher davantage à Celui qui conduisait ma vie et habitait au plus profond de moi. Le désir de m’engager dans un ordre religieux grandissait, mais curieusement je ne connaissais rien de la vie religieuse. J’ai alors demandé à un jésuite de m’accompagner spirituellement parce que j’avais su qu’Henri de Lubac et Teihlard de Chardin, dont j’avais lu quelques ouvrages, étaient des jésuites. Ce n’est qu’en entrant au noviciat jésuite que j’ai découvert en réalité la spiritualité de saint Ignace et que c’était dans cet ordre que je voulais vivre et mourir.