Comment discerner ?

Question souvent posée lorsque nous avons des décisions importantes à prendre !

Les lignes qui suivent peuvent t’aider en te donnant des moyens pour y voir plus clair.

Comment faire des choix dans sa vie

Faire un choix par le discernement des mouvements intérieurs

Il s’agit ici de faire des choix en étant attentifs à tout ce qui se passe en nous comme MOUVEMENTS : désirs, pensées, émotions, sentiments, envies, inspirations, etc. Tous ces MOUVEMENTS devenant les matériaux privilégiés du DISCERNEMENT.

A travers tous ces mouvements, agitations, remous intérieurs apprendre à reconnaître l’action de Dieu, sa présence, sa volonté. Dieu n’a pas d’autres moyen de se communiquer à nous qu’à travers ce que nous vivons, pensons, ressentons. A travers notre humanité. Par un homme Jésus, Dieu s’est fait connaître.

I. Que signifie “ discerner ”


“ Ne vous conformez pas au monde présent, mais soyez transformés par le renouvellement de votre intelligence, pour discerner (Dokimazo) quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bien, ce qui lui est agréable, ce qui est parfait ” (Rm 12,2)

“ Examiner tout avec discernement : retenez ce qui est bon ; tenez-vous à l’écart de tout espèce de mal ” (1Th5,21). “ L’Esprit donne… le discernement des esprits (Diakriseis pneumaton) ” (1Co12,10)

Discerner signifie faire le tri, ‘séparer’. Dieu crée en séparant. Voir le récit de la création dans le livre de la Genèse (Gn 1,1-31 ; 2,1-4). C’est le chaos (tohu-bohu en hébreu), tout est mélangé : lumière, ténèbres, jour, nuit, terres, mers et même l’être humain que Dieu va distinguer : homme et femme. Dieu met de l’ordre pour que le monde soit habitable et harmonieux, pour que davantage de vie soit possible. Tout artiste crée en “ séparant ” à partir du chaos de la matière première. Dieu est un artiste. Celui qui prend le temps du discernement devient l’artiste de sa vie.

II. La connaissance de soi

La connaissance de ce qui se passe en moi est essentielle pour le discernement.

Deux écueils :

Le manque de subjectivité

Je ne réfléchis jamais sur moi-même ; je laisse ce qui se passe en moi me mener au jour le jour ; je ne tire pas les leçons de mes expériences heureuses ou malheureuses.

L’excès de subjectivité

Je réfléchis de manière trop minutieuse sur moi-même, je m’enferme dans mes scrupules, dans mes hésitations, dans mes peurs, etc… Et je ne parviens jamais à prendre de décision. Or c’est souvent dans le fait de se décider que le discernement avance. On apprend par ses échecs et ses succès.

La connaissance de soi n’a qu’un seul but : se décider.

Un outil pour progresser dans la pratique du discernement : la relecture de vie.

III. Avoir le « but » en perspective

L’essentiel pour faire un choix, c’est d’avoir le plus clairement possible le but en perspective.
Allez-vous prendre votre voiture et commencer à conduire sans avoir une idée de là où vous voulez aller ? Le vision du but détermine les moyens et les choix à faire pour parvenir à ce but.
Avoir un but dans la vie, comme on dit, est essentiel. Sans but l’homme meurt en tant qu’être humain. Victor Frankl, psychanalyste-philosophe déporté à Auschwitz auteur d’un ouvrage intitulé « Découvrir un sens à la vie », a remarqué que ceux qui tenaient le mieux dans les pires conditions des camps de concentration étaient ceux qui parvenaient à mettre du sens à leur vie.
Quel est le but de la vie ? Le but final, ultime, c’est d’aimer. Tous les autres « buts » ou « objectifs » de la vie que l’on peut se donner sont ordonnés à celui-là.
Nous sommes faits pour aimer. Comme une voiture est faite pour rouler, un marteau pour enfoncer des clous… La preuve est qu’il n’y a au fond pas de douleur plus grande que de ne pas pouvoir aimer et de n’être pas aimé.
« Les errants de nos rues, tout comme les personnes handicapées rappellent souvent qu’ils souffrent moins de leur dénuement ou de leur handicap, que du regard négatif que la société leur renvoie » (Colette et Michel Collard-Gambiez : « Et si les pauvres nous humanisaient… ». Fayard, 2004, p. 34). « Sans amour il n’est pas de collectivité durable » (p. 106).

Trois mots peuvent exprimer ce que c’est qu’aimer : l’émerveillement (la louange), le respect, le service. Aimer c’est s’émerveiller de Dieu et de l’autre, le respecter et le servir. Ainsi seront nous heureux.

IV. Le critère de la “ direction ”

Devant tous les mouvements intérieurs qui nous habitent suscités par un choix à poser que faire ?
Contrairement à ce que l’on pense souvent, la question à se poser n’est pas : “ est-ce que tel ou tel mouvement vient de Dieu (cela viendra éventuellement plus tard) ”, mais plutôt : “ ce mouvement que je ressens en moi, cette pensée qui me traverse la tête, ce sentiment qui habite mon cœur, me conduisent-ils vers davantage d’émerveillement, de respect, de service de Dieu et des autres ou me détournent-ils plutôt d’eux ? “

C’est le critère de la direction. Premier critère du discernement.

V. Deux types de mouvements : “ moteurs ” et “ bloquants ”

On peut distinguer deux types de mouvements.

Mouvement “ moteur ” (ou "Consolation")

Le mouvement de type “ moteur ” est celui qui m’oriente vers Dieu et me rapproche de Lui. C’est ce que l’on appelle la “ consolation spirituelle ”.

Saint Ignace la définit ainsi :

“ J’appelle consolation spirituelle quand se produit dans l’âme quelque mouvement intérieur par lequel celle-ci en vient à s’enflammer dans l’amour de son Créateur et Seigneur, et quand ensuite elle ne peut plus aimer aucune des choses créées sur la face de la terre pour elle-même, mais seulement dans le Créateur de toutes choses. De même lorsqu’elle verse des larmes qui la portent à l’amour de son Seigneur… ” “ En définitive j’appelle consolation tout accroissement d’espérance, de foi et de charité, et toute allégresse intérieure qui appelle et attire aux choses célestes et au salut, apaisant et pacifiant l’âme en son Créateur et Seigneur. ”

“ Accroissement ” : ce n’est pas une question d’estimer avoir ou de ressentir beaucoup ou peu d’espérance, de foi et d’amour, mais de trouver en chemin dans cette orientation vers Dieu. La personne très souffrante et diminuée par la maladie n’aura sans doute pas une espérance aussi débordante qu’un jeune de 18 ans en pleine vitalité. Pourtant elle peut être en plus grande consolation que ce jeune par la qualité de son mouvement intérieur vers Dieu qui la fait croître dans l’amour.

Mouvement "bloquant" (ou "Désolation")

Le mouvement de type “ bloquant ” est celui qui me détourne de Dieu et m’éloigne de lui. C’est ce qu’on appelle la “ désolation spirituelle. ”

Ignace la définit ainsi :

“ J’appelle désolation tout le contraire de la consolation, comme par exemple obscurité de l’âme, trouble intérieur, mouvement vers les choses basses et terrestres, absence de paix venant de diverses agitations et tentations qui poussent à un manque de confiance ; sans espérance, sans amour, l’âme se trouvant toute paresseuse, tiède, triste et comme séparée de son Créateur et Seigneur. ”

Dans la désolation spirituelle il y a un mouvement de séparation de Dieu. Il peut être infime, à peine remarqué surtout si “ tout va bien ”. Mais il a tendance à s’accroître lui aussi si on n’y prend pas garde. On peut aussi être très mal : psychologiquement, physiquement et n’être pourtant pas dans la désolation. La relation à Dieu est conservée, il y a une paix plus profonde que les remous de surface.

Nous avons dit que pour plus de simplicité il est préférable de se demander si un mouvement me mettait dans la consolation en me rapprochant de Dieu plutôt que de se demander s’il venait ‘directement’ de Dieu.

On peut cependant – dans un deuxième temps – reconnaître la présence et l’action de Dieu dans ces mouvements qui nous rapprochent de lui. Dieu ne peut qu’agir pour nous rapprocher de lui. A l’inverse, Ignace parle aussi de l’ « ennemi », l’adversaire, qui ne peut qu’essayer de nous détourner de Dieu. Dieu et l’ “ ennemi ” ont toujours des actions antagonistes.
Dieu et son Esprit Saint “ consolent ” toujours
L’ennemi, les « mauvais esprits » “ désolent ” toujours. On reconnaît en cela qu’ils sont « mauvais ». Mauvais, en ce qu’ils me détournent de mon bien final qui est de m’émerveiller, de respecter et de servir.

L’ennemi attaque par nos points de vulnérabilité (physiques, psychologiques…). D’où l’importance de la connaissance de soi. Il est fort lorsque nous sommes faibles. Il est faible lorsque nous sommes forts et assurés.

VI. L’action des esprits

Quand nous sommes dans ce mouvement vers Dieu.

L’Esprit de Dieu nous encourage, il nous stimule pour aller de l’avant dans la pratique du bien, il rend les choses faciles, il donne la paix, la joie. L’ennemi au contraire rend triste, mets des obstacles, des peurs, inquiète pour de fausses raisons pour qu’on n’aille pas de l’avant dans ce qui est bon et bien.

Quand nous sommes dans un mouvement qui nous éloigne de Dieu.

L’Esprit de Dieu va nous aider à reprendre pied et à nous recentrer sur lui tout particulièrement en nous invitant à nous poser de bonnes questions sur nos attitudes par l’interrogation de notre conscience profonde : est-ce vraiment juste, bien, bon ? Es-tu dans la vérité, dans la lumière ? L’ “ ennemi ” au contraire va tout faire pour nous entraîner plus loin dans l’éloignement en essayant, précisément, de nous empêcher de nous arrêter et de raisonner (“ arrête de te casser la tête, profite de la vie, on n’en a qu’une, etc… ”) et en nous faisant imaginer toutes sortes de scénarios plaisants mais illusoires pour nous couper de notre réalité.

VII. En cas de “ désolation ” : que faire ?

1. Ne jamais faire de changement, mais rester ferme dans les décisions prises en temps de consolation. On ne prend jamais de bonnes décisions à partir de la désolation.

2. Se changer soi-même :
-  Prier davantage ou mieux
-  Relire, examiner sa vie
-  Revoir son style, son hygiène de vie (lien au corps) = pénitence.

3. Résister. Opposer la joie à la tristesse, l’espérance au découragement, la paix à l’inquiétude …

4. En parler. Importance de l’accompagnement spirituel.

En cas de “ consolation ” :
Rendre grâce, remercier et rester simple et humble !

VIII. Le critère du temps – démasquer la “ fausse ” consolation.

Au critère de direction, il faut ajouter le critère du temps afin de démasquer une possible fausse consolation, une consolation illusoire.
En effet, une consolation montre sa vraie nature dans le fait qu’elle dure ou par les effets durables qu’elle provoque.
La fausse consolation a les apparences de la vraie consolation : une joie, une paix, un enthousiasme qui peuvent être très beaux et nous combler. Un désir même très “ spirituel ” de donner sa vie aux autres, de prier beaucoup, de renoncer à telle ou telle chose doit être bien discerné. Ce n’est pas parce qu’un mouvement semble à première vue – par sa beauté, sa générosité - venir de Dieu ou mener à lui que c’est le cas.

L’ennemi, dit St Ignace, peut se transformer en ange de lumière, il peut prendre l’apparence du bien, mettre le masque de Dieu-même.

C’est en prenant le temps que nous verrons peu à peu la lumière s’affadir, le masque tomber. Ce qui semblait nous donner tant de joie et de paix se transforme peu à peu en tristesse, trouble, inquiétude. On peut reconnaître à ce moment-là, mais seulement à ce moment-là, que ce mouvement n’était pas un véritable mouvement vers le Dieu vivant et ayant son origine en lui.